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Vedette Inboard essence – Ne pas négliger le risque d’explosion

Retour d’expérience sur l’Explosion à bord du navire de plaisance CHICHI , le 8 avril 2017 devant Bandol (7 personnes blessées)

Les faits

Le 8 avril 2017, vers 14h00, le navire de plaisance CHICHI, vedette de 10.30 m propulsée par 2 moteurs IB essence de 300 cv chacun, quitte le port de La Ciotat avec 9 personnes à bord pour aller mouiller devant Bandol.
Vers 17h30, le propriétaire quitte son mouillage pour aller faire le plein d’essence à Bandol. Le plein fait, le navire repart en longeant la côte à faible vitesse, de l’ordre de 3 à 4 nœuds.
A 18h30, entre le port d’Athéna (Les Engraviers) et l’île Rousse soit à 1,5 milles de Bandol, une explosion se produit dans le compartiment des moteurs, alors que le navire se situe à environ  100 mètres de la côte.

L’explosion provoque l’arrachement du panneau fermant le compartiment moteur ainsi qu’un début d’incendie. Trois passagers se retrouvent éjectés à la mer.
Le skipper coupe immédiatement l’arrivée d’essence (électrovanne) et il percute un extincteur à poudre de 5 litres qui se trouve à proximité du poste de pilotage.
Par ailleurs, l’extinction fixe à poudre se déclenche automatiquement dans le compartiment moteur.
L’incendie est maitrisé.

Sur les trois passagers tombés à l’eau, deux regagnent la côte à la nage et la troisième est récupérée à bord.

Intervention de la SNSM Bandol

L’alerte est transmise par un témoin à terre et les secours interviennent rapidement.

18h37 la station SNSM engage deux moyens : le semi rigide SNS 665 et la vedette SNS 265 SAINT ELME.
A leur arrivée sur zone 9 personnes sont impliquées: 2 victimes sont en urgence absolue, 5 en urgences relatives, 2 indemnes.

Le premières mesures prises par les sauveteurs en mer de la SNSM sont de mettre une équipe de secouristes à bord du CHICHI pour effectuer un bilan et les 1ers secours et d’aller immédiatement récupérer en renfort une équipe de sapeurs pompiers avec infirmier se trouvant en attente sur le port d’Athéna.
Alertés, les sapeurs pompiers ont déjà déployé un important dispositif terrestre d’accueil sur le port d’Athéna : Neuf ambulances, un véhicule incendie, un infirmier, deux SMUR, une équipe SAV, une équipe risque technologique.

La vedette SNS 265 embarque les occupants du CHICHI et les ramène au port Athéna.

Deux des victimes ont de leur côté sauté à l’eau à la suite de l’explosion, et se trouvent à la côte dans les rochers dans un endroit inaccessible depuis la terre. C’est à bord du SR SNS 665 que les sauveteurs les récupèrent et les ramènent également jusqu’au port Athéna.

19H20: Toutes les victimes sont maintenant pris en charge par le dispositif de secours terrestre sapeurs pompiers.

Voie d’eau

19H48 De retour au contact du “CHICHI” l’équipage de la SNS 265 constate qu’il prend de la gite avec une forte fuite de carburant impossible à assécher avec les moyens thermiques du bord.
Une reconnaissance sous la coque du CHICHI par les sauveteurs nageurs de bord SNB 1 confirme une importante voie d’eau par les soufflets des embases.
Afin d’éviter qu’il ne coule, le CHICHI est rapidement remorqué par la vedette SNSM vers le port d’Athéna où il est décidé de l’échouer sur la cale de mise à l’eau.

21H20 un barrage flottant est installé autour du CHICHI pour éviter toute forme de pollution.

Conséquences sur le navire CHICHI :

Le souffle de l’explosion a été suffisamment puissant pour soulever le capot dont le vérin sur l’avant et les charnières sur l’arrière ont été arrachés. Le capot a été projeté à l’eau.
Le cadre de la porte d’accès à la cabine a été enfoncé par le souffle et le pont s’est décollé de la coque sur l’arrière.
L’explosion a également provoqué l’arrachage du passe-coque pour l’évacuation des eaux noires, ce qui a entrainé une entrée d’eau par un orifice d’un diamètre de 5 cm, situé sur tribord arrière.
Les gaines de ventilation ont brûlé mais les gaines électriques ont peu souffert des flammes.

Conséquences sur les personnes impliquées :

Sept des neuf personnes présentes à bord, ont été victimes de brûlures et de traumatismes divers. Les deux passagers sur l’avant n’ont pas été blessés. Parmi les sept personnes qui étaient sur l’arrière, deux ont été sérieusement brûlées. Leur état a nécessité un séjour prolongé de 3 semaines à l’hôpital

Observations :

Météo : Vent de SSW force 2, mer 2
température de l’air : 16°
température de l’eau de mer : 15°.

Analyses :

Élément humain :
Le propriétaire skipper du navire a parfaitement réagi pour lutter contre le départ de feu.

Élément matériel :
Le navire était en bon état. Aucun problème n’avait été détecté avant l’accident concernant la propulsion. Le moteur était entretenu par un mécanicien spécialisé.

Hypothèse de l’origine de l’explosion :
L’état intact des moteurs et du réservoir d’essence démontrent que l’explosion s’est produite dans l’espace libre du compartiment.

Le seul produit ayant pu entrainer une accumulation de vapeurs explosives dans cet espace confiné, et donc une déflagration,  est l’essence (carburant des moteurs).  La concentration de vapeur d’essence a atteint le seuil d’explosivité. 

Considérant l’état intact du réservoir et du circuit d’alimentation jusqu’aux pompes à combustible, la cause la plus probable de la fuite, serait un desserrage de l’écrou de la tuyauterie de retour de la pompe à essence du moteur bâbord. Le raccord côté alimentation est oxydé, ce qui n’est pas le cas de celui côté retour.

Une autre hypothèse serait une fuite lors du remplissage du réservoir. Cependant l’examen visuel des parties accessibles du réservoir et du circuit de remplissage n’a pas mis en évidence d’anomalie.

L’explosion a dû être déclenchée par une étincelle dans le compartiment moteur, dont  l’origine n’est pas identifiée.

Conclusions

Une fuite d’essence dans l’espace confiné du compartiment des moteurs d’un navire de plaisance a entrainé l’accumulation de vapeurs pour atteindre un mélange explosif.
Cette fuite est probablement due au desserrement d’un écrou sur le circuit de retour de carburant du moteur bâbord.
L’explosion s’est produite lorsque le navire était en route à faible allure, limitant l’efficacité de la ventilation naturelle. Des passagers ont été blessés dont deux présentant des brûlures nécessitant une hospitalisation.
Les moyens de sauvetage sont intervenus en moins d’un quart d’heure. La faible distance de la côte a permis d’éviter le pire pour les 9 passagers.

Enseignement

Les préconisations sur la ventilation mécanique ou naturelle des espaces confinés susceptibles d’accumuler des vapeurs explosives doivent être suivies avec attention.
Outre la ventilation, l’ouverture du capot permet aussi une inspection visuelle et olfactive du compartiment à risque.
Les phases demandant le plus de vigilance restant le démarrage des moteurs et le remplissage des réservoirs. 

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